Grand emprunt : 35 milliards à l'avenir incertain

Publié le par Florian Bourdier

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Nicolas Sarkozy a annoncé, lundi 14 décembre, ses intentions concernant le grand emprunt. Ainsi 22 milliards vont être levés sur les marchés, auxquels s’ajouteront 13 milliards issus des remboursements par les banques des aides dont elles avaient bénéficiées. Ces 35 Milliards seront utilisés pour financer cinq « priorités d’avenir » que le chef de l’Etat a précisé. La Recherche, l’enseignement supérieur, le soutien aux PME et à l’industrie, le développement durable et le numérique. Pour une rénovation du modèle économique français, les mots d’ordres du président sont « Excellence » ; « compétitivité » et « innovations». Projet viable ou coup de bluff ?

UN FINANCEMENT EN TROMPE L'OEIL

35 Milliards d’euros, une somme finalement bien éloignée des 100 milliards initialement voulus par le conseiller du président, Henri Guainot. Un financement allégé qui suscite toutefois de vives réactions dans l’opposition. L’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste François Hollande a ainsi formulé « Grand emprunt aujourd’hui, grand impôt demain ».

Plus critique encore, Emmanuel Saint-James, président du collectif Sauvons La Recherche (SLR), dénonce un tour de passe-passe financier. Ce maître de conférence en informatique à Jussieu (Paris 6) précise ainsi qu’une partie des fonds récoltés seront placés, notamment par l’intermédiaire de l’Agence France-Trésor. Seuls les intérêts seront alors versé à qui de droit, réduisant ainsi considérablement la réalité des chiffres. « Emprunter pour toucher ses propres intérêt. C’est un procédé aberrant, un effet de com! »


« LES MEILLEURES UNIVERSITES DU MONDE »

Plus de la moitié de ces 35 milliards est ainsi destiné à la « Recherche » (8 milliards) et à « l’enseignement supérieur » (11 milliards). Les objectifs étant notamment de « faire émerger 5 à 10 campus d’excellence » où ingénieurs et universitaires pourraient travailler plus étroitement. En créant des passerelles entre ces deux univers, le chef de l’Etat entend bien stimuler l’innovation industrielle, gage selon lui de réussite économique. Mais avant cela, Nicolas Sarkozy a bien insisté, il faut que la France possède « les meilleures universités du monde ».

Pour Emmanuel Saint-James, président de SLR, docteur d'Etat et membre élu du conseil d'administration de l'Université Pierre et Marie Curie, il s’agit d’une mesure « injuste et perdante », qui va favoriser avant tout les gros ensembles universitaires, au détriment de petites facultés tout aussi performantes, mais à la visibilité déjà réduite de facto par leur taille.

De plus, pour Emmanuel Saint-James : « Le diagnostic est intéressant, mais la thérapeutique est à côté de la plaque. Penser qu’ingénieurs et chercheurs vont discuter devant la machine à café de leurs problèmes respectifs fait sourire. Ce qu’il faudrait, c’est inciter les entreprises à embaucher de jeunes docteurs d’université. Du sang neuf. C’est le seul moyen de stimuler l’innovation »


UNE PRETENTION HISTORIQUE

Les autres priorités décidées par le chef de l’Etat sont également fidèles aux recommandations du rapport Juppé-Rocard sur le grand emprunt, affirmant vouloir donner un nouveau souffle à l’économie, via des secteurs clés. Ainsi les PME et l’industrie se verront soutenues à hauteur de 6,5 milliards d’euros. Il s’agit selon Nicolas Sarkozy d’aider les « secteurs de pointe et d’avenir » que sont l’aéronautique, l’aérospatiale et l’automobile.

Autre axe principal, l’implantation d’une « économie numérique ». Au total, un plan 4,5 milliards d’euros pour développer entre autre le réseau « très haut débit » sur l’ensemble du territoire national. Une bonne nouvelle pour les « zones creuses » mal desservies par le réseau actuel, en raison de leur manque de rentabilité pour le secteur privé. Enfin, 5 milliards vont être destiné au Développement durable. Concrètement il s’agit d’allonger d’autant les crédits dans le cadre du Grenelle de l’environnement, soit d’améliorer notamment l’isolation thermique des habitations, et d’encourager le développement des agro carburants. Des choix « en dessous des enjeux » selon un communiqué des Verts, qui regrette des priorités « piochées dans un catalogue d'idées à la mode, sans véritable ligne directrice ni cohérence entre elles".

Quant à l'UMP, elle se félicite par la voix de Dominique Paillé, porte-parole adjoint de la majorité, en jugeant ces décisions « [intelligentes] », qui « nous [préparent] à affronter le XXIe siècle ». Une dimension historique que revendique le chef de l’Etat, en multipliant les références, notamment au lancement du TGV, ou au développement du téléphone dans les années 70. Et la marmotte...

 

Publié dans Politique

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