Contraception : Luc Chatel se la joue Royal

Publié le par Mathieu OLIVIER

Luc Chatel avait rivalisé de ruse pour éviter les chèques contraception de Ségolène Royal en novembre. Adieu les chèques Royal. Pourtant, deux mois plus tard, le décret Chatel en préparation a un goût de déjà vu… Les infirmières scolaires en moins !

 

contraception.jpg L’affaire avait été l’un des feuilletons de la fin d’année 2009. L’opposition entre Ségolène Royal et le ministre de l’Education Nationale avait tourné au bras de fer, remporté par Luc Chatel qui avait interdit aux infirmières la distribution des chèques contraception envoyés par la région dans les lycées. Violant ainsi la loi, comme on le notait alors dans Rue89

 

Et pourtant, deux mois plus tard, voilà que, selon RTL, le ministère plancherait sur un décret, et que ce projet porterait curieusement sur la contraception des jeunes filles mineures. Coïncidence ? On en doute.

 

Une copie presque conforme…

 

Car, entre les deux initiatives, outre que l'une est estampillée Royal et l'autre sortira tout droit du ministère de l'Education, il n’y a que peu de différences. Selon les informations de RTL, le décret en préparation reprend en effet l'idée principale du chèque : proposer une consultation anonyme et une possibilité de prescription de contraceptifs aux jeunes filles, en particulier pour les zones rurales non atteintes par le planning familial.

 

Plus de chèques certes. Et un système de remboursement anonyme et discret en lieu et place de la gratuité. Pour le reste, c'est du copier coller et l'objectif est toujours le même : écarter une éventuelle opposition des parents. Et garantir ainsi la confidentialité pour la jeune fille.

 

Avec les défauts en plus…


Mais c’est bien cette confidentialité qui pose problème. Alors que le chèque Royal n’agissait que dans l’enceinte du lycée, et donc à l’écart des parents, le projet de Chatel met en jeu les médecins généralistes. Or, la salle d’attente du médecin de campagne, souvent de famille, n’est pas un modèle de secret. Béatrice Gaultier, présidente du Syndicat National des Infirmières et Conseillers Scolaires, s’inquiétait au micro de RTL :

 

« Dans le rural, on ne va pas forcément résoudre le problème de la confidentialité puisque dans une salle d’attente d’un petit village, tout le monde se connaît et cela reste difficile pour les adolescentes de faire la démarche et d’aller voir le médecin, de famille en plus, qui l’a vu grandir et qui est le médecin des parents. […] Je pense qu’on montre qu’on court-circuite les infirmières de l’Education Nationale. »

 

Et le remboursement discret de la consultation risque également d’être difficile. Il devrait s’effectuer par virement sur le compte bancaire de la personne mineure. Sans prévenir les parents. Restera alors à espérer que ceux-ci n’auront pas l’œil sur le relevé bancaire de leur enfant, qu’ils reçoivent d’ailleurs chez eux, et qu’ils ne s’étonneront pas d’une somme d’argent débarquée innocemment sur le compte en banque…

 

Une question d’honneur


La question de la contraception est donc devenue en moins de deux mois le terrain d'un affrontement Royal / Chatel. Rien de plus normal pour la présidente de Poitou-Charentes, à l’origine de la fameuse pilule du lendemain pour les lycéennes lorsqu’elle était elle-même ministre et responsable des lycées picto-charentais en tant que présidente de région. En revanche, son adversaire semble s’aventurer en dehors de ses prérogatives habituelles.

 

En novembre, il s’opposait à Ségolène Royal en interdisant la distribution des chèques par les infirmières scolaires, salariées de l’Education Nationale. C’est de bonne guerre. Mais dans le décret en préparation, rien ne devrait concerner le lycée. Pas plus que les infirmières scolaires, alors favorables au projet. A ce titre, le lien entre contraception et éducation nationale s’avère des plus flous.

 

Qu’importe, pour Chatel, pas question de faire retraite. En poker, cela s’appelle une relance. Fort heureusement, la table semble assez distraite, ses compagnons de jeu gouvernementaux Martin Hirsh, Haut Commissaire à la Jeunesse, et surtout Roselyne Bachelot, commerciale en Tamiflu, ne s’en sont pas aperçu. Comme le dirait Carla Bruni, "pas vu, pas pris."

 


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